Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 00:01
Ce matin, je suis mort. J'ai mis un Point Final à ma vie. Ca, c'est l'histoire officielle. En réalité, je suis seul, devant mon ordinateur, à écrire ce message. Chaque lettre que je tape est une larme qui coule sur la joue de ma femme. Rien n'est vrai.

C'était une mise-en-scène, que j'avais préparée depuis des années. L'idée de ma mort était la seule fenêtre qui me permettait de respirer. L'idée que du jour au lendemain, je pouvais tout quitter, tout défaire, et me refaire. Je suffoquais, le quotidien m'enfermait autant qu'il me déformait. Alors, peu à peu, j'ai élaboré cette fuite : ma mort.

Désormais, je vis par proxy, en dehors du monde, telle une âme qui contemple ses proches continuer à fuir le temps.
Je n'ai plus d'existence aux yeux du monde, c'est cette non-vie que je me propose de partager avec les quelques errants qui trouveront cette page. Peut-être seront-ils attirés par les mots clés de ce blog : mort, suicide, social, espoir. Qui sait.

Ce n'était pas si dur de passer de l'autre côté, vous savez.

A bientôt.


Point Final.
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 00:02
Mon pseudonyme, et le nom de ce Blog signifient deux choses. D'abord, le terme de mon existence, le Point Final, l'acte de décès, le point de non-retour. L'ironie veut que ce soit après ce Point Final que je me mette à écrire. Car en effet, ce n'est Point Final, c'est le début d'une nouvelle existence, qui n'est plus physique mais écrite.

Hier, je disais que j'étais mort "ce matin". N'y croyez pas, c'était faux. Tout ce qui va être écrit dans ce blog est travesti, pour que mon identité reste inconnue. Les noms, les dates, peut-être même que certaines actions seront modifées, mais j'ose ésperer livrer mes observations dans le plus pur état qui soit. Malgré tout, ne prenez rien pour argent comptant.
Certes, ce blog restera très probablement anonyme, mais je préfère ne pas prendre de risque. Mon projet est trop précieux pour que je laisse quoi que ce soit au hasard. Tout est prévu, ne m'en voulez pas : je ne protège pas que moi.

Pourquoi ce blog, si le "danger" de recouvrer mon identité est si grande ? Je crois qu'au fond, je ne veux pas être vraiment mort. Si je gardais tout pour moi, j'aurais l'impression que tout est vain. J'ai ce besoin futile de partager. J'ai moi-même toujours voulu voir comment réagiraient mes proches après ma mort. Se souviendraient-ils de moi ? M'aimeraient-ils toujours ? Me remplaceraient-ils ? Cela me rongeait tellement que j'ai fini par franchir le pas.

Comment ce blog peut répondre à ces questions ?

Vous le verrez bientôt.

Point Final.
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /Jan /2010 00:03
Comme je l'ai déjà dit, tout cela a déjà été écrit à l'avance. Imaginé serait un terme plus exact. Depuis combien de temps ? J'ai déjà dit que cela faisait des années, mais dire des mois serait plus proche de la réalité.. Le plus dur n'était pas forcément de prendre la décision. Le choix, une fois qu'il est fait, entraîne de nombreuses responsabilités.

Il n'est pas évident de mettre sa mort en scène. Je ne vais évidemment pas entrer dans les détails, de peur d'être "découvert", par les autorités. Sachez juste qu'Internet est un nid de désespérés, sur qui l'on peut compter, et qu'il n'y a pas de recherche approfondie sur l'identité d'un cadavre lorsque celui-ci ne présente pas "d'irrégularités" et qu'il n'appartient qu'à un individu lambda. C'est cet anonymat, ma vie de Monsieur Tout-Le-Monde, qui m'a permis de prendre refuge ici, sur ce blog.

Mais disparaître n'est pas tout. Je voulais rester en contact avec ma famille. Je voulais continuer de les voir, et surtout, je voulais savoir. Savoir s'ils m'aiment, savoir comment ils vont rebâtir leur existence, et surtout : savoir qui ils sont. Pour cela, je me suis approprié l'espace familial : la maison.
C'était un travail minutieux et coûteux, que la vie que j'ai menée jusqu'alors m'a permis de mener à bien. J'ai truffé la maison de caméras et de micros, pour pouvoir vivre, par delà ma mort, avec ma famille. Pour pouvoir les voir, les entendre, et qui sait, peut-être les comprendre.
Il y a peu d'angles morts, et ceux-ci ne sont pas handicapants. Je n'ai pas fait de compromis, depuis les couloirs jusqu'à la salle de bains et aux toilettes, rien ne peut m'échapper. Dans la pièce où j'habite actuellement, j'ai suffisement d'écrans pour suivre chaque membre de ma famille en simultannée. J'ai également installé des "keyboard logger", dans chacun des ordinateurs, qui me permettent de savoir ce que tape ma famille sur leurs claviers. Chaque mot, chaque sanglot, chaque larme atterrit directement chez moi, une chambre nue, où résonne l'écho d'un monde auquel je n'appartiens plus.

Je suis désormais spectateur de ma propre absence.

Et vous êtes les lecteurs de mon voyeurisme, que je tente en vain de justifier.


Point Final.
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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /Jan /2010 00:04

Moi : l'absent. Père aimant, aimé
Thomas : fils aimant, aimé, abandonné, âgé de 18 ans, en classe de terminale.
Sophie : fille aimante, aimé, abandonnée, âgée de 16 ans, en classe de seconde.
Patricia : femme aimante, aimée, qui hélas, n'a rien vu venir. Je ne donnerais pas son âge, c'est une dame, après tout. ( j'éclaircirai peut-être cette réflexion à l'avenir, un jour où je n'aurai rien de mieux à dire. )

Une maison assez spacieuse, et très classique. Salon, salle à manger, toilettes, cuisine, toilettes, salle de bain et chambre de Patricia au rez de chaussée. A l'étage, la chambre des deux enfants, une remise, et des toilettes/salle de bain.

Tout cela sous mon regard, sous l'oeil impuissant des caméras. Les murs ont des oreilles, des yeux, mais pas de bras pour les réconforter. Une maison que j'ai bâtie, et dont je suis désormais étranger. Une vie que j'ai haïe, que j'ai quittée. Une famille que j'ai aimée, que j'ai également quittée.

J'ai installé un miroir au dessus de mon lit. Quand enfin, je quitte ma famille pour me reposer, je n'échappe pas à mon propre regard. Peut-être voulais-je m'imposer ce que j'inflige. Peut-être voulais-je me rappeler que j'existe, malgré tout. Qui sait ? Peut-être que j'espère que quelqu'un me regarde à mon tour par-delà ce miroir. Peut-être est-ce vous.

Allez comprendre.

Point Final.
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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 00:05

Avant de commencer à vous livrer mes observations, il convient de clarifier certains Points. Mes comptes-rendus seront plus thématiques que chronologiques. Je ne me vois pas fournir des informations du genre " 13h42, Thomas va aux toilettes. 13h45, Thomas ne s'est pas lavé les mains ", qui sont, malgré tout, le genre d'informations que je note. Seulement, l'intérêt, à mes yeux, n'est pas de fournir un descriptif complet de vies observées au microscope, mais plutôt de faire sens.

Je ne compte pas décrire ce qu'ils vivent, mais plutôt comment ils le vivent, et comment je le ressens vois. J'ai barré "ressens", car je vais essayer d'être aussi froid que possible. Quitter ma famille était à la fois une libération, mais également un sacrifice. Je sais très bien, qu'au fond, ce que je fais, c'est les abandonner et m'en servir de cobayes. Ne me crachez pas dessus pour cela, je l'ai suffisement fait. Je n'ai rien à dire pour ma défense que : "il le fallait".

La vie est faite de vide, peut-être que celui-ci tarira rapidement ma source d'inspiration. Peut-être aurais-je vite fait le tour de tout cela. Peut-être que cela n'en vaut pas la peine. Probablement, même. Il le fallait.
Je vais malgré tout essayer d'être le plus régulier possible dans mes publications. Ce n'est pas pour vous, c'est pour moi, pour me pousser à réfléchir, à écrire, à ne pas me laisser pourrir dans cette pièce où je ne vis qu'à travers ce que je vois.

Je ne vis plus dans la même ville que ma famille, de peur d'être reconnu. Je ne suis pas très loin. Ma nouvelle vie, quant à elle, est réduite à son strict minimum : je mange, j'observe et j'écris. Je dors quand ils dorment. Je me réveille quand le détecteur de mouvement me dit que la vie recommence. Je fais mes courses quand rien ne se produit. J'avais évidemment préparé des économies pour survivre un certain laps de temps.

D'ici là...


Point Final.


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